dimanche 27 janvier 2008

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Voilà plusieurs jours que je ne peux plus écrire sur mon blog...trop de travail...fatigue...et puis prise de tête avec fifille qui ne veut plus continuer à Nantes en hypokhâgne. Dégoûtée, elle m'a téléphonée. Elle ne supporte plus les sarcasmes incessants de certains profs qui semblent n'être là que pour dégoûter les élèves de continuer. A ce stade de leurs études, les élèves qui sont entrés à Guist'au ( lycée réputé de Nantes) sont vraiment bons. Ma puce y est arrivée. 19 au bac en français, de très bonne notes dans les autres matières, elle s'entend dire qu'on se demande ce qu'elle fait là. Elle n'a jamais beaucoup forcée durant ses études, elle a de grandes facilités...et puis tout à coup "ça"! Les disserts qu'elle rend ne sont soit disant que du bavardage, ses notes en allemand avoisinent 5, quant à l'anglais qu'elle parle couramment, sa meilleure note est 1O. Les élèves ont appris qu'en dehors des conseils de classe les profs avaient de petites réunions privées et appellent certains élèves des "clignotants" ( ceux qui ne rentrent pas dans le moule:). Trop fantasque Fifille est devenue un clignotant. Seul son prof d'histoire l'a soutenue. Les autres l'ont enfoncée. Elle s'est battue un moment et a finie par se dégoûter. Elle m'a dit qu'elle s'était trompée, qu'elle n'était pas faite pour cela, que les profs le lui avaient dit. Je voulais qu'elle achève son année de façon à avoir des équivalences et s'inscrire ainsi en fac en deuxième année, l'année prochaine. Non , elle n'a pas tenue. Avec elle une dizaine d'autres "clignotants" ont abandonnés. Fifille est étonnée que des profs de cette envergure n'aient pas l'ambition d'ouvrir leur esprit à autre chose qu'à la compétition pour avoir ce fameux concours de Normale Sup. Fiston à Paris avait eu le m^me traitement au Lycée Fénelon, il avait résisté, mais il a craqué, après en être sorti. Une de ses amies s'est suicidée...surmenage, stress, fragilité? Fifille de retour à la maison ne peut retourner en fac , car dans ce lycée des élites, on a "oublié" de les faire inscrire au cas où les élèves ne tiendraient pas la pression. Aujourd'hui, Fifille sourit. De retour à la maison, elle va pendant les mois qui restent suivre tous les stages de théâtre qui se présentent...c'est ce qu'elle veut faire! AÏe, Aïe, pas facile la vie des parents...ni celle de nos enfants d'ailleurs.

jeudi 10 janvier 2008

Rouda slameur français


Nous avions préparé sa venue. Certains avaient assisté à son spectacle l'an dernier. . Rouda est arrivé en classe ce matin. J'avais un peu peur que les élèves ne soient pas très actifs. Il n'en a rien été. Ils ont posé leur questions, n'ont à aucun moment interrompu la communication par les silences dont ils ont le secret quand le sujet n'a pas d'intérêt pour eux . Lui, a fait mieux qu'y répondre, il est allé au delà. Il leur a parlé d'eux et de leurs possibilités. Il les a étonné en slamant sur des mots très simples et très beaux, tout à fait compréhensibles pour eux. Il les a épaté en slamant de façon très technique sur des mots qui résonnaient, percutaient. Il les a ému en slamant sur l'amour maternel .Enfin il les a fait travailler en atelier d'écriture, il leur a donné confiance en donnant de la valeur à leurs mots, en les poussant à en chercher d'autres dans leur affect et dans leurs souvenirs ( ce sont des élèves de SEGPA et beaucoup d'entres eux ne réinvestissent pas grand chose...).Il a dédramatisé leur peur de l'orthographe. Il leur a parlé de l'expression libératrice. Il leur a expliqué que slamer n'est pas forcément scander, mais c'est avoir le courage de dire des textes en public. J'ai vu des yeux s'ouvrir grands, des sourires naître. Des élèves que je ne parvenais pas à faire écrire quoique ce soit en temps normal ne s'arrêtaient plus.
Les mots ont envahi la classe et pendant deux heures, ces élèves qui au bout d'une demie heure n'en peuvent plus, ces élèves ont écrit dit, écouté. Ils ont suivi Rouda sans rechigner. Au moment où la cloche a sonné midi, j'ai dit: " alors on continue?" La réponse d'un de mes durs à cuire fut: "Carrément m'dame!".Les élèves m'ont fait promettre de lui faire parvenir leurs écrits .
J'ai rencontré un véritable artiste, généreux, sensible et inspiré. Ne soyez pas rebuté par le slam. LE CD de ROUDA est une véritable performance d'écriture et d'oralisation des textes. On peut ne pas aimer les arrangements qui oscillent entre hip hop et rap (très léger) mais se pencher sur les textes, écouter ROUDA les mettre en voix à capella vaut vraiment le coup. S'il passe dans votre ville n'hésitez pas , Rouda est une belle personne, une belle âme qu'il faut rencontrer absolument.

mardi 8 janvier 2008

la poésie et eux N°1









C'est la rentrée au collège. J'ai lancé lundi le projet "Voix d'aujourd'hui. Ce projet ne regroupe que 2 segpa du Finistère. Les autres classes sont des classes de collèges et lycées traditionnelles. Il s'agit de présenter aux élèves une sélection d'ouvrages de poésie contemporaine. J'ai passé une bonne partie de mes vacances à éplucher tout ça...Hou que cela sera difficile avec les loulous et toute leur difficulté de lecture et de compréhension. Bien sûr la musique des mots, bien sur la poésie est pour tout le monde...mais il faut vraiment y croire. les ouvrages sont d'accés difficiles et il va falloir que je défriche. J'ai commencé hier avec le plus facile, disons le plus proche d'eux: le slam. Eh bien non! Ce n'était pas le plus facile du tout. J'ai ramé comme une malade pour essayer de leur faire écrire quelques mots...J'étais déçu hier par le résultat. Je pense que les élèves se demandaient pourquoi je les emmenaient dans cette galère. Les élèves de SEGPA ont pris l'habitude d'autres écrits : des écrits techniques ( et c'est déjà difficile). Ils pensent que le monde de la littérature n'est pas pour eux,et ne parlons pas du monde poétique. Issus pour 90% de familles qui ne lisent pas et qui ne considèrent pas la lecture comme nécessaire à leur fonctionnement, c'est contre toute une culture du non-écrit que je me bats. Quant à l'oral, le vocabulaire des élèves est très réduit, il faut donc apporter énormément et tenter de leur montrer la nécessité d'élargir son vocabulaire.Mon sourire et mon enthousiasme durant la première séance n'a pas suffit... (à suivre si vous voulez...)
«Etre complètement seul ne signifie rien d'autre qu'être complètement fou.»[ Thomas Bernhard ] - Extinction