mercredi 2 mai 2007

Retransmission depuis Anakin

Un beau texte de Katel...
Ci-dessous un texte de Katel publié sur sa page MySpace . Katel, une artiste loin d'être dégagée.
Ce n'est pas une douleur personnelle. C'est une douleur sourde, connue mais de très loin, inscrite quelque part, dont on trouve le chemin en fulgurance. J'ai mal à l'humanité, à ce qui en moi contient tout les autres, et je sais en même temps que je ressens cette douleur, que c'est ça être de gauche. Si Nicolas Sarkozy devient président de la république, nous respirerons tout les jours dans une atmosphère de droite dure, ce qui veut dire que c'est notre corps même qui sera atteint. Le mien me dit déjà qu'il se sent à l'étroit. Garrotté comme l'a dit Ségolène Royal dans un discours tendu et figé, consciente de la gravité de la situation. On peut revenir encore sur les phrases de Sarkozy, les dérapages de Sarkozy, son arrogance, sa fébrilité, sa brutalité. Au delà de tout, c'est la vision de la société qui nous est proposée qui doit mobiliser tous nos efforts de réflexions, d'explications, de mise en garde à l'égard de ceux qui hésitent, ou qui ont voté sans grande conviction, ou qui sont sous le charme d'un discours providentiel . Les véritables convaincus sont irrattrapables. Ils ont décidé qu'une république qui choisit ses immigrés, qui diminue le nombre d'enseignants, qui culpabilise les RMIstes et les chômeurs en assimilant travail et citoyenneté, qui n'a d'estime que pour ceux qui se lèvent tôt, qui limite la protection sociale, qui augmente l'âge de la retraite, qui demande de travailler plus plutôt que d'augmenter les salaires, qui instaure un état policier soumis à la logique du résultat, qu'une telle république mérite encore ce nom. Ceux-là ne changeront pas d'avis. Leur arrogance leur fait croire que voter à droite suffit à obtenir son doctorat d'économie, et vous aurez droit aux pseudo théories sur la réalité économique en vous faisant taxer de gauchiste naïf ou ignorant. Mais il y a des gens autour de nous qui ont d'autres valeurs que celles de la culpabilisation, qui pourtant votent avec la main molle, ou la peur au ventre si bien entretenue, pour le discours qui semble le plus clair et droit. A ceux-là nous devons dire et redire à quel point le discours de Sarkozy est un prêt-à-penser dont l'apparente logique cache le pire des mensonges : faire croire que tout est une question de choix. Mais que peut-on choisir lorsque l'on grandit dans une société ou on se retrouve en apprentissage à 14 ans si on n' arrive pas à suivre dans une classe de 35 élèves, qu'on se retrouve dans le monde du travail précarisé dans des contrats réduits on on peut se faire virer à tout moment, que l'on est taxé de fainéant si on se retrouve au chômage, que l'on doit payer une protection santé privée, et tout ça sans avoir les armes pour s'en sortir. Ces armes, ce sont la maîtrise du langage, la connaissance de ses droits, la capacité à faire des liens, à se rebeller, à oser prétendre à une autre vie qu'une vie de travail et de consommation. Ca ne tombe pas du ciel, ce n'est pas inscrit dans nos gènes.Ca s'apprend avec l'aide des autres, ça se reçoit, ça demande du temps, de la patience, la possibilité de recommencer, de revenir sur ce qu'on n'a pas compris. Le rôle de la politique est de mettre en place dans un pays les conditions sociales qui permettront à tout citoyen de pouvoir choisir sa vie. L' idée libérale la plus pernicieuse, qui s'est inscrite dans les esprits petit à petit et dont on sent aujourd'hui l'effet désastreux, est de prétendre que la liberté est innée et que l'économie de marché est l'extension naturelle de cette liberté. Il est si facile de contrôler les gens et d'avoir du pouvoir sur eux lorsqu'on leur fait croire qu'ils sont libres sans conditions , un monde ou "tout devient possible".Dans ce monde là, celui qui échoue n'a plus qu'à s'en prendre à lui même, et celui qui le regarde couler peut sans complexe lui appuyer sur la tête. Tout le langage de Sarkozy depuis le début de ce deuxième tour emprunte au lexique de l'entreprise ou du sport. Il n'est question que de gagnant, de perdant, de finale,de compétition. Le dialogue entre Ségolène Royal et François Bayrou ne devrait pas avoir lieu parce que ce dernier n'a pas gagné sa place en finale! Un pays ne se manage pas comme s'il était une entreprise, ne se coache pas comme s'il était une équipe de foot. Et ceux qui votent à droite, mais une droite républicaine, doivent sentir aujourd'hui que cette droite-là est loin de leur vision de la République. Disons à ceux qui hésitent qu'ils doivent laisser une chance à un autre modèle de société, un modèle ou l'on attend pas du président qu'il nous protège, mais de la loi qu'elle garantisse nos droits; que l'on ne veut pas d'un petit chef arrogant mais d'une personnalité responsable qui place l'intérêt général au dessus de ses intérêts personnels. Le 6 mai, il nous faut absolument voter pour élire quelqu'un à la fonction de Président de la République. Au-delà de tout clivage, seule Ségolène Royal peut prétendre exercer cette fonction. Quand à Nicolas Sarkozy, il à lui même dit dans le fameux dialogue de Philosophie magazine que son désir de pouvoir était plus fort que le pouvoir lui-même, et qu'il n'aurait sans doutes pas la même émotion en tant que président que lorsqu'il désirait l'être. Les gens qui ont ce genre de désir ne s'arrêtent jamais, c'est leur moteur. Ça laisse présager de l'avenir.
¬ Ecoutez Katel et son dernier opus, Raides à la ville ( Olympic Disk ).

2 commentaires:

patriarch a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec elle. je n'ai jamais vu autant de mauvaise foi, chez un homme politique,dont le passé dément toutes ses positions politiques actuelles. Je ne crois pas en la rédemption en politique, ce n'est que de l'opportunité !
Bises à toi !

heure-bleue a dit…

Droite, gauche, plus que des bulletins dans une urne, c'est une façon d'envisager la vie...

«Etre complètement seul ne signifie rien d'autre qu'être complètement fou.»[ Thomas Bernhard ] - Extinction