samedi 20 septembre 2008

connaissance du monde


Cette semaine une chorale tchèque est venue à M... dans le cadre d'un échange. Nous avons reçu ainsi un jeune couple qui ne parlait pas français, comprenait un peu l'anglais, avait quelques notions d'allemand et pouvait éventuellement parler en espagnol...Ce fut une semaine tour de Babel, qui nous vit mélanger joyeusement dans une même phrase toutes les langues. Nous avons eu ainsi des conversations très suivies sur: la dyslexie, les mérites des études après 17 heures, le pape....
En voulant se faire une idée de la presse française, nos correspondants ont pu jeter un oeil sur Siné hebdo, Charlie et le Canard. Ils ont été surpris par les dessins vus...les ébats du pape et de Sarko, les ont quelque peu surpris, ils ont trouvé que la presse française n'était pas très respectueuse envers le pape et le prez.....finalement ils n'ont pas ramené de journaux chez eux!
Jeudi, la chorale s'est produite devant les collégiens. "Madame, a dit N, élève de langue anglaise, je comprends très bien le tchèque." Devant mon air étonné, elle a entonné un négro spiritual qui venait d'être chanté! Il a fallu expliquer que les tchèques chantaient en anglais. N était déçue. Ce fut bientôt le tour de K, qui m'apprit qu'il était certain que son père était tchèque. Nouvel étonnement de ma part...."rappelle moi le nom de famille de ton papa? "D...ou" (je ne peux pas l'écrire mais croyez moi sur parole, rien de plus breton)." Ben , madame, j'en suis sûr, parce qu'y a des fois je comprends pas c'qui dit, comme là,alors, vous voyez bien!
J'aime les échanges avec les autres pays, c'est toujours plein d'imprévus et de choses à découvrir.

mercredi 17 septembre 2008

alerte!

alors ça je n'en reviens pas.Je vais sur les blogs et quoi? une page pub est attachée à l'un d'entre eux. je vous le donne en mille: il faut y aller, vous ne serez pas décu. Mes cheveux s'en dressent sur ma tête. C'est moi ou je n'ai pas bien lu . Je vous laisse découvrir et expliquez moi....

"http://html.usagc.org/step1landing_fra.html?afk=ApmFRfra">

fuir


Pour la troisième fois D vient de fuguer du collège. Le directeur de la structure qui l'a pris en grippe n'en attend pas plus pour le mettre dehors: il a 16 ans , l'âge où l'école n'est plus obligatoire. D "pète les plombs" depuis la rentrée. Pas moyen d'aller en atelier. les contraintes , il n'en veut pas, il est incapable de les supporter. Au début de l'année, je l'ai vu sur la place, fin saoul, ricanant à chaque passant, grimaçant et faisant caqueter d'aise toutes les jeunes oies dont il était entouré. Au cours d'un exercice oral, D s'est présenté ainsi: " je m'appelle D, je ne sais pas où j'habite" . Les autres se sont esclaffés . D, s'est mis sur le mode "benêt" en riant aussi. " Ben ouais, ma mère j'sais pas où elle est et mon père non plus. j'suis chez ma grand-mère, mais p'tête que j'irai chez la copine à mon père"
D le lendemain s'est retrouvé chez la psy scolaire et chez l'infirmière. Faut dire qu'il vient d'être papa depuis quelques semaines. Je crois que ça finit par l'atteindre. Au début il ne se rendait pas compte, parce que la maman, il n'est plus avec elle depuis longtemps déjà. Les parents de D ne l'accompagnent pas dans cette affaire, ils ne peuvent pas. Ils sont séparés et se détestent tant qu'ils peuvent.Les parents de D sont en désintoxication tous les deux. D est seul. je nesais pas où en est la jeune maman. Les autres élèves se moquent de D en lui disant qu'il ferait mieux de s'occuper de son gosse que de traîner au collège . D , lui, il n'en veut pas de ce bébé, il veut être un enfant, il veut encore jouer, il veut son insouciance . Alors D, pour retrouver tout ça, il boit et puis quand apparaissent les soucis , il s'enfuit.

dimanche 14 septembre 2008

autour d'une sonnerie...



Les portables sont interdits en classe, heureusement. Cependant les élèves continuent à l'oublier. Je me demande souvent pourquoi, mes élèves habitant M... ont besoin de cet instrument. Je voudrais que le moment qu'ils passent au collège soit un moment de calme, un moment qui leur soit réservé, pendant lequel ils peuvent oubier temporairement leurs soucis souvent bien trop importants pour des élèves de cet âge.
aujourd'hui, en plein cours, le portable décharge un son vrillant l'oreille de n'importe quel mélomane ou pas. Je me retourne furibonde vers l'endroit d'où provient le son délictueux.Je sens qu'une bouffée de chaleur incontrôlée (due tant à la colère qu'à la ménopause épanouie) m'envahit! je le claque maintenant ou plus tard "l'incongru"?
K,...fouille dans ses poches fiévreusement, tentant de faire taire le vibrillonant appareil qui continue à nous déverser son affreuse rengaine. Dans cette classe, je ne crie pas, j'ai remarqué que le silence et le calme font plus que n'importe quel emportement. Je tend la main, et le coupable, honteux, y pose le bigophone et ô surprise une cigarette qui est arrivée là sans qu'on le lui ai demandé. Je regarde mieux , la bout de la cigarette est incandescent et rougeoie ,là,sur la paume de ma main. Je ne ressens rien, aucune brulure. Mes bouffées de chaleur anéantiraient-elles la douleur? C'est dit demain , j'écris un ouvrage sur la ménopause intitulé: "toutes fakirs ou la reconversion des allumeuses après 45 ans".
Je regarde mieux,(je n'ai pas de rendez-vous chez l'ophtalmo avant le mois d'octobre, il faut dire) et je m'aperçois qu'il s'agit d'un faux!
A ce moment là, les garçons de la classe sortent tous de leur poches, des casiers ou des sacs, des cigarettes faites sur le même modèle, de grosseurs et de longueurs différentes! " Regardez, m'dame, c'est des fausses, on a fait ça en perm, faut pas l'punir, c'est pour rigoler"
Je dois dire que je n'ai pas vu une collection de faux pétards aussi impressionnante depuis longtemps. Je ne m'en fais plus pour l'avenir de ces marmots, ils pourront toujours travailler à la Havane ou bien à l'ancienne manufacture des tabacs de... si elle ré-ouvre"
Je n'ai pas du tout envie de punir K...pour ses originaux origamis. D'ailleurs , les élèves le voient bien, je commence à rire , et là, ils savent que la partie est gagnée.
Reste cependant le crime de lèse- téléphone. Je fais ouvrir l'agenda de K ...et lui demande de lire ce qui se rapporte aux sonneries intempestives pendant les cours! C'est la confiscation et une visite au bureau du principal. Je prend le téléphone et le pose sur mon bureau. Je continue la leçon...et là, l'incongrue sonnerie tinte de nouveau. K...se recroqueville sur sa chaise. et baragouine une explication incompréhensible. Je le prie de recommencer doucement. Il m'apprend que son beau-père, n'a plus le droit de conduire car il est trop dangereux sur la route, lui même ne veut pas monter dans la voiture avec lui; ce matin , il a décidé d'amener la mère de K, à son rendez-vous étant donné sa violence, il n'y a pas moyen de refuser. Je me sens me liquéfier. "Continue lui dis-je" . "Ben , j'ai vi le numéro, c'est ma tante qui m'appelle" "Ta Tante? Qu'est ce qu'elle a à voir avec ça? tu es en classe, on ne t'appelle pas pendant que tu es en classe" "Justement madame, j'ai la trouille qu'il se soit passé un accident et qu'on me prévienne."
Le bonhomme est en larmes, et connaissant, l'oiseau depuis 2 ans, je sais qu'il ne me ment pas. K...est un casse-pied, remuant, mais ne fait pas ses coups en douce.
Que croyez-vous qu'il advint, bonnes-gens?
Je tendis le téléphone au gamin pour qu'il puisse écouter son message, et ça en plein cours. Il ne s'agissait de rien de grave, heureusement, mais je vis mon p'tit gars, tranquillisé et attentif pendant le reste du cours.
Les autres élèves ne dirent rien, et jurèrent qu'on n'en parlerait pas en dehors de la classe .
A la fin de l'heure, K se leva et me dit "Merci quand m'ême m'dame, j'oublierai pas!"
Ce sont de ces petits évènements qui feront l'ambiance dans la quelle nous allons vivre nos heures d'étude. Je sais que c'est cela qui va fédérer ma classe. Je ne suis pas les préceptes exacts "sanctions-punitions" demandés par le règlement intérieur, j'essaie de créer un climat de confiance, plus favorable à l'épanouissement de ces élèves . Je ne suis pas certaine du résultat à tout coup, je peux avoir de sérieuses désillusions, mais jusqu'à présent ça marche.
Mes élèves ont pour la plupart des vies difficiles, acteurs à plein temps de la vie tumultueuses de leur famille . Ils ont besoin d'un peu de calme, de sourire et de confiance.

jeudi 11 septembre 2008

l'éphémère et la durée




Peux-tu chasser le vent des arbres
Tourner la page des oiseaux
Interdire qu'il saigne au marbre
Annuler le pacte des eaux
Arrêter la trame de l'ombre
Réfuter la trêve des rues
Et retenir l'escadre sombre
Des nuages qui sont sans but

Et qui redonnera confiance
A l'aveugle qui fut trompé
Et à ce mendiant d'espérance
Qu'un rire aura fait trébucher
A qui une femme a donné
En riant au bonheur la chance
Et il s'y est abandonné
Et au beau rire de l'absence

Je t'attendrai comme on se venge
Comme l'incendie dans l'été
Comme un mal court dans la vendange
Ou la pluie chante sur le blé
Mais j'ai vu le sang plein les arbres
J'ai vu les yeux mentir-aimer
Dans ma nuit court une lézarde
Mes maquis ! Mes déshérités,

Je vous rassemble, je vous arme,
La nuit, je vous envoie creuser
La blessure bleue d'une larme
Au ventre de la femme aimée
Chaque nuit la douleur du songe
Mobilise mes guerriers noirs
Et un cancer d'argent me ronge
Tu passes tout près sans me voir,

Barque floue, robe dans l'eau, moire,
Et ton rire vers le soir fuit
Vers à l'envers l'éclair en Loire
Au crépuscule où tu t'appuies.
T'en souvient-il ? Le quai, le fleuve,
La première larme donnée,
Si longtemps d'attente, et la neuve
Larme, la vie abandonnée...

Je t'attendrai. Mille ans peut-être.
Derrière les hauts murs du mal.
La chanson triste des fenêtres
Et l'amas des violons du bal,
C'est moi, ce sera moi, la voûte
Des appels dans ton âme ! Fuis !
Je te poursuis. Mille ans. Nos routes,
Toutes nos vies. Toute la nuit.

J'aurai mis des mots plein le temps
Pour bloquer les ponts, les passages.
Je suis la vengeance et la rage.
Bien sûr, je t'attendrai mille ans !
J . Bertin

dimanche 7 septembre 2008

C'est reparti !


En classe depuis une semaine, il faut relancer la machine. C'est le moment le plus difficile de l'année. On est sur des sables mouvants, on ne sait ou aller. il faut regarder ces paires d'yeux et faire jaillir l'étincelle. Celle qui fera qu'on saura qu'on peut accompagner les élèves dans leur apprentissage;, celle qui voudra dire :tu m'intéresses vas-y, je te donne l'autorisation de me parler et je me donne l'autorisation de t'écouter.
Je suis en train de construire le groupe, les groupes! J'ai peur, comme tous les ans, peur de ne pas leur donner ce à quoi ils ont droit, peur de ne pas faire mon travail correctement. Plus encore que n'importe quel autre collégien, ils ont besoin de toute mon attention et que je me donne à fond pour eux, parce que pour la plupart ils sont déjà sur la voix de garage de la vie professionnelle. Dans 4 ans ils seront sur le marché du travail ou presque.
Je suis le prof de français! on me demande la lune! Qu'est ce que c'est la lune? Pour le ministère ces collégiens sont des collégiens comme les autres, ils ont donc le même programme que les autres. On peut avoir plusieurs points de vue sur la situation. Le point de vue angélique: tout le monde a droit aux mêmes chances. Le point de vue des enseignants qui sont face à ces ados en grande difficulté: les mêmes chances oui, mais il est inutile d'aller noyer des gamins dans un enseignement qui leur échappe totalement.
Jusque là on formait des enseignants spécialisés qui devaient adapter le programme pour ces collégiens. Depuis le mois de Juin , les IUFM sont supprimés. Les futurs enseignants titulaires du master 2 ayant passé le concours se retrouveront après 6 mois de stage dans des classes de toutes sortes. Il y aura ainsi des super diplômés en chimie face à des enfants de deux ans ou bien face à nos ados en perdition, tétanisés devant le savoir obligatoire qui doit être dispensé.
Je sais que je prend des raccourcis, je me devrais d'expliquer davantage la situation. Pour l'instant je ne peux crier "qu'alerte" et c'est un cri dans le désert que je ne suis pas la seule à pousser. L'étape prochaine sera la suppression des classes spécialisées " pour le plus grand bien des élèves et pour une meilleure intégration" ce que je ne crois absolument pas. Les profs de collège sont-ils vraiment prêts à dispenser un enseignement différencié? Abandonneraient-ils le sacro-saint régime des notes comme la véritable sanction d'un travail? Pensez-vous vraiment que nos élèves avec un à deux ans de retard soient heureux dans ces classes surchargées dans lesquelles le rythme de travail sera le même pour tout le monde? Cette année dans quelques SEGPA, il n'y a déjà plus de classe de sixième. Les parents refusent que leurs enfants aillent dans ces classes dites "classes poubelles ou classes de gogols", il faut aller à leur rencontre, parler, se défendre, persuader. Voilà, l'état d'esprit dans lequel je me trouve en ce moment. J'ai peur de ce nivellement, de cette non-prise en compte de la différence sous le prétexte démagogique et fallacieux de l'égalité des chances. Ces élèves en difficulté , dans ces classes , avec cet enseignement inadapté seront le terreau qui engendrera la révolte et la violence.Que deviendront-ils alors?

vendredi 29 août 2008

retour, retrouvailles, rentrée




Je n'avais pas très envie d'écrire ces temps derniers , ni de laisser des coms. Une envie de vacances , une envie de se cacher dans un petit trou! Et puis il y a eu nos retrouvailles avec Méli. J'ai appris à connaitre ses enfants...Elle s'est improvisée maman de Fifille pendant mon absence. de retour nous avons organisé une veillée devant l'ordi...La maison a résonné de nos fous rires toute la soirée. je crois que ce que nous n'avons pas vécu après nos dix-huit ans nous l'avons vécu ce soir là! Confidences chuchotées, rappels de vieux souvenirs et de visages et de noms oubliés....Tout à coup je me suis retrouvée avec les mêmes sensations qu'il y a ...30 ans et oui , déjà!
C'était deux ados et deux femmes aussi qui partageaient leurs sentiments et leur complicité retrouvée. Méli est l'amie qui m'a manquée toutes ces années. Je pense n'avoir jamais su "faire " avec mes amies, je ne savais pas garder des rapports amicaux, entretenir le lien. Avec toi Méli, il n'y a pas eu besoin de tout cela. Tout a été si simple. Aujourd'hui, je lis dans ton blog que tu ne vas pas bien, que tu touches le fond, et je ne sais pas quoi faire. Nous n'habitons pas la même région. je nous imagine courant chez l'une ou l'autre, nous épaulant plus encore dans ces moments de difficultés. Méli , je suis là, attrape ma main , sert là bien fort et viens!

«Etre complètement seul ne signifie rien d'autre qu'être complètement fou.»[ Thomas Bernhard ] - Extinction